Pinacothèque de Paris: ces Musées qui cassent les codes

Pinacotheque de Paris

Partie de rien ou pas grand chose la Pinacothèque de Paris a illuminé pendant plus de 13 ans le paysage culturel parisien. Collections et  approche novatrice de la culture, avant de subir de la crise économique dont est victime le tourisme parisien depuis les attentats. Retour sur l’enfant terrible de la culture parisienne.

La Pinacothèque de Paris ou l’art du contre courant

Lorsque vous déambulez aux alentours de la Place de la Madeleine, impossible de rater l’enfilade de lettres sur la façade sobre. La Pinacothèque de Paris s’affiche comme un lieu à l’identité marquée. Au fil des ans et des expositions La Pinacothèque de Paris a développé une empreinte dans la manière de mettre en musique les oeuvres exposées.

Souvent novatrice dans le placement des tableaux, précurseur dans la scénographie et les thématiques développées, l’histoire de La Pinacothèque repose sur un équilibre entre l’adhésion du public à l’expérience proposée, quitte à s’éloigner de l’intelligentia des conservateurs nationaux et une volonté de faire évoluer la manière de penser les expositions d’art.

Cette position affirmée ne va pas évidemment sans susciter critiques et débats, notamment de la part des musées publics ou de certains médias qui ne se privent pas de critiquer l’aventure Pinacothèque de Paris.

Il ne faut néanmoins pas oublier que cette entreprise a réussi durant plus d’une décennie un pari que bien peu de musée aurait relevé: celui de parvenir à financer sans aucune aide publique un vaisseau tel que celui de la Place de la Madeleine. En effet, contrairement à la plupart des musées reconnus français, publics, et dont les subventions publiques parviennent, tant bien que mal, a assurer un développement, La Pinacothèque de Paris ne doit sa notoriété qu’ au succès de ses expositions et de ses choix, parvenant le tour de force de le placer dans le club très fermé des cinq plus gros faiseurs du milieu.

Quand le petit devient grand: La Pinacothèque 2

Les dix premières années de La Pinacothèque de Paris sont synonymes d’une réussite à tous les niveaux. Les amateurs d’art et le grand public saluent l’approche novatrice, dynamique et pédagogique des expositions, les thèmes sont propices à des scénographies en adéquation avec l’image audacieuse du musée parisien. A tel point que La Pinacothèque de Paris voit rapidement son affluence et ses projets se développer. Ainsi naît la (grande) petite soeur, La Pinacothèque 2, une annexe de quelques 3000 m² sise à côté de son aînée, rue Vignon. Cette acquisition permet à La Pinacothèque de Paris d’affiner son oeuvre et de porter à grande échelle une notion essentielle à son fondateur: celle de transversalité de l’art.

PINACOTHEQUE: salle qui contient une collection de tableaux

L’étymologie du terme Pinacothèque signifie salle qui contient une collection de tableaux. La vocation de la Pinacothèque de Paris porte ainsi clairement ses ambitions, à l’image des Pinacothèques qui ont émergé dans de nombreux pays et notamment en Allemagne. Néanmoins la vocation de La Pinacothèque de Paris est de s’affirmer comme un lieu de culture multiple. Un porte drapeau de la transversalité de l’art.

Pinacotheque de Paris en 2011

Cette transversalité de l’art inter époque et inter genre a permis à l’établissement parisien de se différencier. Aucun carcan de principe, tel aurait pu être le credo de l’établissement, notamment par l’entremise de son fondateur président directeur général: Marc Restellini.

Focus sur un fondateur épris d’Art: Marc Restellini

Figure reconnue internationalement dans le monde des historiens d’Art, Marc Restellini est sans doute l’un des plus grands spécialistes de Modigliani, un peintre dont qu’il a étudié de nombreuses années. L’homme ne manque pas d’audace et n’hésite pas à se lancer à corps perdu dans des projets qu’aucun conservateur n’est prêt à assumer. Sans importance Marc Restellini ira aiguiser ses sens et faire ses armes à Tokyo.

Passionné et minutieux il met rapidement son exigence culturelle et sa connaissance de l’art autour d’une nouvelle vision d’appréhender les expositions. Il trouve notamment que de nombreux musées institutionnels ronronnent et n’ont pas l’audace des chefs d’oeuvres qu’ils abritent. Il défend l’idée que l’art ne doit pas être considéré comme une succession de toiles et de courant mais comme un mouvement où les oeuvres se répondent. Tout comme l’artiste a été inspiré par un monde qui l’entoure et des oeuvres étudiées, Marc Restellini souhaite plonger le visiteur dans un univers où les époques ne sont plus les repères.

Cette transversalité de l’art, cette compréhension qu’une émotion commune peut être véhiculée dans des représentations graphiques a priori éloignées amènent ainsi à une nouvelle lecture du travail d’un artiste, en lien avec son temps mais aussi avec l’Histoire de l’Art en perpétuel mouvement.

corto maltese Pinacotheque de Paris

La collection permanente de la Pinacothèque de Paris: Un rendez vous intime avec l’Histoire de l’Art.

C’est notamment cette démarche que le fondateur de La Pinacothèque de Paris a synthétisé dans La Collection Permanente. Cet espace surprenant de 600m² au sein du Musée parisien, élaboré à la manière d’un Cabinet de collectionneur, permettait au visiteur d’appréhender l’espace de quelques heures ou de quelques jours, plusieurs siècles d’histoire de l’Art.

L’un des aspects les plus marquants, au delà de la valeur artistique en tant que telle des oeuvres présentées, est sans conteste la qualité de la scénographie. Rarement la mise en lumière des oeuvres, voir la mise en scènes des pièces aura été si poussée. Le visiteur qui ne s’attarde pas ne remarquera sans doute pas ce soin du détail et en viendra peut être même à se poser la question de l’intérêt de telle ou telle juxtaposition d’oeuvre.

En revanche pour l’amateur curieux, et le néophyte ayant soif de découverte, cette approche permet sans aucun doute de toucher du doigt ce qui nécessite souvent des années d’études: lire une oeuvre et être en mesure de la faire sortir de sa seule dimension picturale. On se prend alors rapidement au jeu des évocations, des nuances, et on découvre alors un véritable dialogue entre les oeuvres présentées, et dont l’espacement est d’ailleurs à dessin plus faible que dans de nombreux musées. Depuis cette manière d’appréhender la mise en valeur des collections et cette scénographie des expositions a été repris dans plusieurs établissements, et c’est heureux. Mais en la matière La Pinacothèque de Paris a sans aucun doute été précurseur.

Quand la conjoncture à raison d’un rêve:

En 2015, la France, et Paris en tête, entre dans une ère particulièrement difficile. Au contexte économique difficile qui impacte fortement le budget des sorties culturels des ménages, s’ajoute un climat de peur et d’insécurité qui dépasse les frontières.

Le tourisme international marque un net recul, notamment après les attentats de Novembre. La fréquentation des musées s’effritent inexorablement. La Pinacothèque ne fait pas exception à la règle malgré deux expositions très attendues: l’une dédiée à Léonard de Vinci et au secret du Codex, l’autre aux photos de Karl Lagerfeld. L’absence de soutien économique publique devient alors impossible à réguler pour maintenir à flot un édifice tel que celui-ci, au plein coeur de Paris, dont les loyers et les frais de fonctionnement nécessitent une activité maximale.

La Pinacothèque est alors contrainte de baisser le rideau de son site parisien marquant ainsi la fin de 13 années d’aventures parisiennes. Vous pouvez retrouver sur le site officiel une rétrospective des expositions.

 

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